ECCO ESMO 2015 : la radiothérapie vectorisée, pour irradier les tumeurs neuroendocrines de l’intérieur

C’était l’un des résultats les plus attendus au Congrès européen de cancérologie (ECCO ESMO) qui se tient à Vienne jusqu’au mardi 29 septembre : la première preuve expérimentale concernant l’efficacité de la radiothérapie vectorisée – une nouvelle approche en cancérologie, qui consiste à introduire un peptide radioactif à l’intérieur même des cellules cancéreuses pour les détruire en endommageant directement leur ADN.

Présentée en « session présidentielle » ce dimanche, l’étude randomisée internationale NETTER-1 a validé ce traitement chez 230 patients atteints de tumeurs neuroendocrines de l’intestin grêle et du côlon droit.

Une tumeur peu fréquente, mais avec peu d’options

« Les tumeurs neuroendocrines pancréatiques peuvent être traitées par l’évérolimus ou le sunitinib, mais pour celles de l’intestin grêle et du côlon droit, on n’a que les analogues de la somatostatine, et ça reste limité aux stades précoces de la maladie », explique au « Quotidien » le premier auteur de l’étude, le Pr Phillippe Ruszniewski, de l’hôpital Beaujon, à Clichy.

Le produit employé dans l’essai NETTER-1 est le Lu-Dotatate, issu de la fusion entre un analogue de la somatostatine, l’ocréotide, et un chélateur sur lequel est attaché un radiopeptide, le lutécium. « On exploite le fait que plus de 80 % des cellules tumorales expriment le récepteur à la somatostatine sur leur membrane », précise le Pr Ruszniewski.

Dans l’essai, la moitié des patients ont reçu 4 doses de Lu-Dotatata, et 30 mg d’agoniste de la somatostatine par jour, tandis que l’autre moitié recevaient 60 mg d’agoniste de la somatostatine. Les taux de réponse étaient de 19 % dans le groupe sous Lu-Dotatate, contre 3 % dans le groupe sous agoniste de la somatostatine.

Une survie sans progression de plus de 30 mois

La survie médiane sans progression était de 8,4 mois dans le groupe traité par agoniste de la somatostatine. Dans le groupe sous Lu-Dotatate, les tumeurs de 60 % des patients n’avaient pas encore progressé au bout de 30 mois de suivi. Les données concernant la survie globale sont également trop préliminaires mais « on observe une tendance en faveur du Lu-Dotatate », note le Pr Ruszniewski.

La durée d’exposition au traitement est fixe : 4 cures, avec la possibilité de faire deux cures supplémentaires, soit un total de 1 200 millicuries, si le patient ne répond pas.

Concernant la sécurité, le Pr Ruszniewski met en garde contre les risques de toxicité rénale, « que l’on prévient en co-injectant des aminoacides, qui vont entrer en compétitions avec le Lu-Dotatate lors de son élimination par le rein ».

L’autre risque majeur est celui lié à la toxicité médullaire : entre 3 et 4 % des patients traités souffrent de syndromes myélodysplasiques, auxquels s’ajoutent quelques cas de leucémies aiguës radio-induites.

ATU de cohorte

Une ATU de cohorte a été obtenue en mai dernier auprès de l’ANSM pour les patients ayant le même profil que ceux inclus dans l’étude NETTER-1 : patients multimétastasés, dont la tumeur primaire est localisée dans l’intestin moyen. Pour les autres localisations, une ATU individuelle peut également être demandée. « Ce n’est pas tant la localisation qui est importante que son avidité pour la somatostatine, explique le Pr Ruszniewski, il faut donc que la tumeur soit positive à la scintigraphie. »

L’évérolimus sur les rangs

Ces résultats ont presque éclipsé ceux de RADIANT-4, l’autre étude positive dans les tumeurs neuroendocriniennes, évaluant si l’évérolimus – déjà indiqué dans la tumeur neuroendocrinienne du pancréas – pouvait améliorer le pronostic des tumeurs neuroendocriniennes du poumon ou du tractus digestif.

Avec une survie sans progression de 11 mois chez les 205 patients sous évérolimus, contre 3,9 mois chez les patients du groupe placebo, et un taux de réponse de 64 % contre 26 %, « l’évérolimus est le premier agent à présenter une efficacité dans cette indication » a estimé le Pr Yao, de l’Université du Texas, qui a présenté ces résultats. Novartis a annoncé vouloir demander une extension d’autorisation de mise sur le marché en Europe et aux États-Unis, suite à ces résultats.

 

Source:

http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2015/09/28/ecco-esmo-2015-la-radiotherapie-vectorisee-pour-irradier-les-tumeurs-neuroendocrines-de-linterieur_772551#sthash.2zGs9tX9.dpuf

Crédit Photo : D. Coulomb